
Du complexe à la simplicité
L'astrophoto, c'est une guerre.
Contre la lumière parasite, contre la rotation de la Terre, contre le bruit numérique du capteur. Des heures de traitement, des logiciels empilés, des réglages au pixel près. Pour obtenir une image d'une nébuleuse à 1500 années-lumière, il faut paradoxalement ne jamais la regarder directement, tout passe par des écrans, des algorithmes, des courbes.
J'avais besoin du contraire.
Un jour, j'ai pris un négatif. Je l'ai posé sur du papier imprégné de sel de fer. Je l'ai mis au soleil. J'ai attendu. C'est tout. Le cyanotype, c'est la photographie dans ce qu'elle a de plus direct, une réaction chimique, la lumière, le temps. Pas de curseur. Pas d'écran. Pas de retouche. Ce que le soleil décide, c'est ce que tu gardes.
Le soleil comme chambre noire
Le cyanotype, c'est un procédé inventé en 1842 par un astronome britannique, John Herschel. (Oui, un astronome. Le destin a le sens du détail.) Anna Atkins s'en emparera aussitôt pour photographier des algues, devenant la première à utiliser des photographies pour illustrer un livre.
Le principe est d'une simplicité presque offensante : deux sels de fer mélangés, appliqués sur un support. Un négatif posé dessus. Le soleil fait le reste. L'eau fixe. C'est tout.
Pas de curseur de luminosité. Pas d'histogramme. Pas de cinquième couche d'ajustement dans Photoshop. Le soleil décide. Tu acceptes.
Pour quelqu'un qui passe ses nuits à calculer la mise au point au dixième de millimètre près sur une galaxie à des millions d'années-lumière, c'est presque une insulte à la rigueur. Et c'est exactement ce dont j'avais besoin.
Se voir dans son propre portrait
Puis est venue l'idée du miroir.
J'avais commencé le cyanotype avant l'accident (voir ici) cette envie de brut existait déjà, en contrepoint silencieux à l'astrophoto. Mais c'est la semaine dernière, neuf mois après le choc, que j'ai développé cet autoportrait.
Je l'ai développé au cyanotype ce bleu de Prusse caractéristique, presque irréel. Et je l'ai déposé sur un miroir.
Le résultat est troublant et je ne suis pas sûr d'en avoir encore fait le tour.


Il y a moi, d'abord. Je me vois dans mon propre portrait. Deux Lionel superposés, celui qui a posé devant l'objectif, et celui qui observe maintenant. Une confrontation tranquille avec soi-même, ou pas si tranquille selon les jours.
Il y a ensuite le spectateur. En s'approchant pour me regarder, il se voit lui. Son reflet se glisse dans mon image sans qu'il l'ait décidé. Il ne peut pas rester à l'extérieur, le miroir l'en empêche. Il est dedans, avec moi.
Et puis il y a ce troisième niveau, plus vertigineux : en me regardant me regarder, il prend conscience de son propre regard. Et moi, en exposant ça, j'expose aussi le fait d'être regardé.
Le miroir renvoie tout. L'image, le regard, et la question derrière.
C'est un mille-feuille. Je vous laisse choisir votre couche. 😄





Commentaires