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Ce que l’on ne voit pas encore

Lionel Cretegny
Lionel Cretegny

Quand on pointe un appareil photo vers le ciel et que l’on déclenche avec un temps de pose très court, il ne se passe presque rien. Une image sombre. Quelques étoiles tout au plus. À première vue, il n’y a rien à voir.

Ce n’est pas que le ciel est vide. C’est simplement que le capteur n’a pas eu le temps de recevoir ce qui est là.

En astrophotographie, l’image n’apparaît pas d’un coup. Elle se construit lentement. Seconde après seconde, la lumière s’accumule. Ce qui était invisible commence à laisser une trace.

Au début, on doute. On regarde l’écran et on se demande si l’on a bien fait les réglages, si l’on vise au bon endroit, si quelque chose va réellement apparaître. Puis, progressivement, une forme se dessine. Pas encore une image aboutie, mais une présence.

Ce qui est intéressant, c’est que rien n’a changé dans le ciel. La nébuleuse était là depuis le début. La différence, c’est le temps qu’on lui a laissé pour se rendre visible.

Avec des poses plus longues, ou en empilant plusieurs images, ce qui semblait absent devient évident. Des couleurs apparaissent. Des structures se révèlent. Ce n’est pas une invention, ni une transformation. C’est une révélation lente.

Je repense souvent à cela dans mon travail.

Il y a des idées, des activités, des processus qui sont justes, mais qui ne se voient pas encore. Non pas parce qu’ils sont flous, mais parce qu’on les regarde trop vite, avec des formats trop courts, avec des outils qui n’ont pas le temps de capter ce qui est en jeu.

Comme en astrophotographie, il ne s’agit pas toujours d’expliquer davantage. Parfois, il s’agit simplement de changer le temps de pose, d’adopter une autre approche, de laisser une forme émerger au lieu de la forcer.

Certaines choses ne se montrent pas immédiatement. Elles demandent du temps, de l’attention, et parfois un dispositif différent pour apparaître.

Ce n’est pas qu’on ne voit rien.
C’est qu’on ne voit pas encore.

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